Aurores boréales en pleine chaleur

Aurores boréales en pleine chaleur

Chers amis d'Aurora Heat,

Nous voulons partager notre expérience des derniers mois et exprimer notre gratitude pour le soutien de tant de personnes. Comme vous le savez peut-être, notre petite communauté a été confrontée à l'un des risques liés à la vie dans le Nord canadien.

Le rythme de la forêt boréale est celui des feux de forêt, suivis de cycles de renouvellement qui créent un équilibre. Cependant, les feux exceptionnels de 2023 ont bouleversé nos vies, nous forçant à quitter nos foyers et nous confrontant à des défis inédits. Paradoxalement, la crise climatique touche plus durement les régions les moins peuplées des hémisphères nord et sud.

Les conditions dangereuses ont commencé au printemps dernier.

L'hiver dernier a été marqué par des températures très douces et un manque notable de neige dans les Territoires du Nord-Ouest. Ces changements météorologiques ont engendré de nombreux défis pour les animaux et pour nous, les humains. Le manque de neige et l'instabilité de la glace ont rendu les déplacements difficiles et la navigation sur les lacs, les ruisseaux et les rivières incertaine, empêchant ainsi de nombreux agriculteurs d'accéder au territoire.

Le printemps est arrivé rapidement et la fonte des neiges a été fulgurante, avec des précipitations quasi inexistantes. Nous avons connu des températures record au début du printemps, sans aucune pluie. Cette tendance se poursuit, l'indice de sécheresse actuel étant de 1200. Un indice de 300 est considéré comme extrême. Cela signifie que les feux ont plus de combustible et brûlent plus intensément et plus profondément dans la forêt. Les vents se sont aussi renforcés, attisant les feux et élargissant leur zone d'influence.

Au début du printemps, les aînés et les peuples autochtones prévoyaient une saison des feux de forêt ingérable, et beaucoup s'interrogeaient sur la préparation de la communauté.

Les feux se sont intensifiés

Les premiers incendies ont été déclenchés par la foudre, comme c'est le cas pour 95 % des feux de forêt boréale. La ville de Fort Smith et la réserve de Smith Landing ont rapidement imposé une interdiction totale de faire du feu. On passait bientôt plus de temps à l'intérieur les jours de forte fumée. Ma toux liée à la Covid-19 est réapparue et j'ai dû remettre un masque à l'extérieur. Il est également devenu essentiel que les autorités locales informent la population plus régulièrement. Les chaînes météo annonçaient sans cesse des conditions chaudes, sèches et venteuses, sans pluie, et des niveaux de fumée dangereux, dépassant toutes les normes.

Carte montrant la propagation des incendies autour de Fort Smith en 2023

Nous avons appris du nouveau vocabulaire sur les feux de forêt : inversions thermiques, indice de qualité de l’air, protection des structures, confinement, avis, alerte et ordre d’évacuation.

Le 29 juin, nous avons reçu le premier avis : soyez vigilants, les incendies s’étendent et sont hors de contrôle. Fort Smith était encerclé par les feux de forêt et le bruit des bombardiers d'eau, des hélicoptères et des engins lourds était devenu notre bruit de fond quotidien.
Fort Smith est limitrophe de l'Alberta et, du jour au lendemain début juillet, un campement de 100 personnes a été installé dans la réserve de Smith Landing pour lutter contre l'incendie qui avait pris naissance dans le parc national Wood Buffalo et s'était propagé dans le nord de l'Alberta. Les routes étaient maintenant fermées par intermittence en raison des incendies hors de contrôle. Le 11 août, l'avis est devenu une alerte : soyez prêts à évacuer.

À travers tout ça, j'ai découvert les traditions ancestrales des peuples autochtones. Les gardiens du savoir pratiquaient le brûlage dirigé pour gérer la croissance forestière et favoriser le renouvellement des écosystèmes. Comme pour tant d'autres pratiques sacrées et ancestrales, les peuples autochtones, mes ancêtres, se sont vu interdire de prendre soin de la Terre comme ils l'avaient fait pendant des millénaires.
Le gouvernement, convaincu d'être plus avisé, a pris le contrôle et imposé des décennies de lutte contre les incendies, pratiquement sans brûlage dirigé. Le sol forestier est maintenant recouvert de nombreux peuplements anciens d'épinettes, constituant un combustible inflammable inépuisable.

Évacuation massive du 12 août

L'état d'urgence et un ordre d'évacuation ont été décrétés tôt le 12 août. On nous a demandé de partir dans les huit heures. Deux semaines plus tard, chose étonnante, plus de 70 % de la population des Territoires du Nord-Ouest, soit 26 000 personnes, étaient sous le coup d'un ordre d'évacuation. On est partis par la route, en char, et par avion, commercial et militaire. Des milliers de personnes et leurs animaux de compagnie ont été déplacés, plongés dans l'incertitude et la tourmente.

File de véhicules évacuant Fort Smith en raison des feux de forêt

Je me souviens de cette expérience angoissante : quitter Fort Smith en quelques heures, puis devoir évacuer d'urgence Hay River une deuxième fois, moins de 24 heures plus tard. Hay River est la ville où habitent mes sœurs et mes cousins. Ils ont déjà dû évacuer trois fois cette année : à cause d’une inondation dévastatrice au printemps et de deux feux de forêt menaçants. 

Mon fils, mon petit-fils et moi étions parmi les derniers à prendre la route sinueuse reliant Hay River à Enterprise avant sa fermeture. Dans la confusion générale, nous n'avions reçu aucun avertissement préalable concernant l'incendie qui nous obligeait à évacuer et qui avait déjà ravagé la route vers le sud. Pris au piège, avec des véhicules devant et derrière nous, nous avons manœuvré pendant plus de dix longues minutes à travers une fumée aveuglante, des arbres en flammes et des broussailles embrasées, en tirant notre remorque remplie des chauffe-lits fabriqués par les artisans d'Aurora Heat au cours des cinq derniers mois.

Photo de la route entourée de flammes alors qu'un automobiliste évacue.


Le hameau voisin d'Enterprise, qui comptait 350 habitants, a été ravagé quelques minutes après notre passage devant ce même incendie dévastateur. Arrivé du nord-est, il a parcouru 50 km en quatre heures et n'a laissé debout que quelques maisons et commerces. Mes plus sincères condoléances à la communauté et à ses pertes catastrophiques ; c'est une véritable tragédie.  

Dans tout ça, je suis reconnaissant envers mon fils : son calme, sa concentration et sa vigilance au volant nous ont permis de rester sur la route sinueuse et de traverser les feux sains et saufs. Sa tactique, si jamais vous en aviez besoin, consistait à regarder par la fenêtre côté conducteur et à suivre attentivement la ligne blanche de gauche dès qu’elle apparaissait. L'ordre d'évacuer Hay River, l'incertitude et la peur de partir alors que le feu était si proche, constituent un traumatisme qui risque de me marquer longtemps.

En réfléchissant aux événements qui ont mené à cette situation, plusieurs questions me viennent à l'esprit. La question fondamentale : quels changements profonds peuvent avoir lieu pour inverser les dommages environnementaux infligés à notre planète et quel rôle avons-nous à jouer ?

Retour à la maison à Fort Smith

Après quelques jours chez des amis en chemin, on a finalement trouvé une propriété près de Wetaskiwin, au sud d'Edmonton. Le temps nous a semblé long et nous sommes restés en contact avec nos proches et le personnel, tout en recevant quotidiennement des nouvelles de chez nous. Nous étions tellement reconnaissants et, une fois le feu vert donné, mon mari a fait nos bagages et nous avons repris la route vers le nord, parcourant les 1 400 km.

Après 41 jours d'évacuation, nous sommes finalement rentrés chez nous et sommes pleinement conscients des difficultés et des pertes subies par nos concitoyens. Les gouvernements et des organisations comme la Croix-Rouge et la Clinique de soins virtuels de l'Alberta se sont mobilisés pour offrir du soutien en matière de nourriture, de logement et de soins de santé. Les bouleversements et les problèmes de santé mentale ont été généralisés, car nous sommes tous devenus des « réfugiés climatiques ».

Les autorités municipales nous avaient avertis de nous préparer à des changements en cours de route. En roulant, on a constaté que le paysage s'était transformé, certaines portions de l'autoroute étant brûlées.

Conséquences des feux de forêt : le paysage se transforme

En passant devant Enterprise et la réserve de Hay River, à K'atlodeechee, j'ai de nouveau ressenti la douleur de la perte pour tant de personnes dont les maisons et les commerces avaient été réduits en cendres. Silencieusement, on a traversé la zone, estimant les endroits où on était passés dans l'incendie. De toute évidence, le feu avait brûlé intensément : les arbres n'étaient plus que de maigres branches et la terre était noircie et calcinée.

On a continué jusqu'à la fourche et l'autoroute qui mène au terminus, à Fort Smith. Avec un regard neuf, j'ai remarqué les traces des feux des années précédentes, à différents stades de repousse.

Croissance due aux incendies des années passées

Deux heures et demie plus tard, nous sommes arrivés aux abords de Fort Smith, maintenant entourés de larges pare-feu sur trois côtés. Là où nous étions autrefois entourés d'une épaisse forêt, certaines zones étaient maintenant dégagées, offrant un paysage transformé. La ville avait été épargnée ; je crois que l'esprit de la rivière Slave veillait sur notre communauté.

Rivière Slave à Fort Smith

Malgré tout, nous restons reconnaissants – reconnaissants envers les habitants, ces hommes et ces femmes courageux qui ont défendu notre ville, souvent jusqu'à l'épuisement. Reconnaissants envers les équipes infatigables venues de partout au Canada et de pays aussi éloignés que les États-Unis, l'Afrique du Sud et la Nouvelle-Zélande. À un moment donné, plus de 400 hommes et femmes luttaient contre les incendies, appuyés par des hélicoptères, des avions bombardiers d'eau, de la machinerie lourde et grâce au travail acharné des équipes au sol.  

Pompiers luttant contre les feux de forêt au Canada en 2023

Tsa – Le Castor, le Bâtisseur de Mondes

Au milieu de toute cette agitation, mes pensées allaient aussi aux castors : comment allaient-ils s'en sortir ? Je me suis tournée vers les trappeurs les plus vieux de notre communauté, ceux qui connaissent le territoire comme leur poche. Ils m'ont dit que quelques castors avaient probablement péri prématurément et que la plupart auraient du mal à s'adapter aux changements de leur habitat. La nourriture sera plus rare cette année, surtout pour les jeunes, mais comme ils vivent dans l'eau, ils s'en sortiront mieux que la plupart.

Barrage de castors

Les castors, des animaux résilients, joueront un rôle crucial dans la régénération de l'écosystème en poursuivant la construction de barrages et la création de zones humides essentielles à d'innombrables autres espèces animales. L'an prochain, grâce aux nouvelles portées, la population de castors se rétablira. On les trouve partout au Canada, principalement dans la forêt boréale, de l'Alaska à Terre-Neuve. Nous nous engageons à poursuivre nos efforts de sensibilisation et de promotion de la recherche sur la santé des populations de castors, en reconnaissance de notre collaboration avec l'Association des castors du Canada (ACT).

Aurora Heat entretient des relations respectueuses avec les Premières Nations. La plupart de nos fourrures pour les saisons à venir sont achetées au printemps. Nous continuerons de promouvoir la chasse aux fourrures sauvages dans toute la forêt boréale, reconnaissant sa valeur culturelle, économique et écologique pour les communautés autochtones du Nord. Les chasseurs de notre région, en tant que gardiens de ce territoire, adapteront leurs pratiques cet hiver et ce printemps.

Surmonter les difficultés, on continue notre chemin.

Ces feux de forêt d'une ampleur exceptionnelle dans notre région du monde nous rappellent brutalement la crise climatique et ses conséquences considérables. Comme nous tous, j'ai pas de réponses. Personnellement, je m'efforce de réduire l'impact environnemental de ma famille et de mon entreprise. Je me renseigne et j'étudie le changement climatique. Ce dont je suis certain, c'est que nous devons tous prendre conscience de notre responsabilité face à ce défi mondial et adopter les principes de Seven Generations Forward pour garantir le bien-être de toute vie sur cette planète.

Personnel d'Aurora Heat

Face à l'adversité, nous avons puisé notre force dans la résilience et abordons notre 8e saison avec détermination. Nous sommes fiers d'offrir nos chauffe-lits comme alternative aux produits jetables, permettant ainsi à chacun de profiter des bienfaits de la nature. Notre objectif pour cette année est simple : faire de cette saison la meilleure à ce jour. Cela ne serait pas possible sans le soutien indéfectible de tous ceux qui nous ont accompagnés au fil des ans.

Nous vous remercions de votre soutien, notamment par vos prières et vos pensées positives pour une amélioration des conditions météorologiques et pour la sécurité des pompiers et du personnel qui œuvrent pour la sécurité de nos communautés. Nous restons en alerte d'évacuation en cette troisième semaine de septembre. Puisse la pluie tomber à flots et mettre fin aux feux de forêt qui ravagent notre pays.

Comme toujours, n'hésitez pas à me contacter si vous avez des questions ou des idées à partager. J'aime toujours discuter avec vous.

Marci cho ~ merci & tThá Huná ~ puisses-tu vivre longtemps. 

Président et fondateur
Aurora Heat, Inc.